L'éolien commence enfin à décoller en France

La filière est aujourd'hui animée par de nombreux projets. Mais sa production reste encore marginale dans le pays.

L'ÉOLIEN va-t-il enfin décoller en France ? À voir le nombre de projets qui fourmillent, un certain optimisme pourrait prédominer. Plusieurs centaines de permis sont aujourd'hui examinées. Le parc éolien français atteindra 1 500 mégawatts (MW) en capacité installée à la fin 2006 contre 757 MW fin 2005, a même précisé l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), lors d'un colloque qui s'est tenu à Amiens la semaine dernière.

Pour Jean-Louis Bal, directeur des énergies à l'Ademe, « ce bilan reste toutefois modérément positif. D'un côté, le parc d'installations double chaque année, de l'autre, les projets mettent souvent beaucoup de temps à se concrétiser ». À ce retard une bonne raison : « Le cadre réglementaire n'a pas cessé d'évoluer, de telle sorte qu'entre les premières autorisations et le raccordement effectif au réseau électrique, le délai moyen oscille entre trois à quatre ans. » Il faut compter aussi avec l'hostilité affichée des populations, relayée par de nombreuses associations souvent très efficaces. « Sur le fond, personne ne s'oppose à l'éolien, mais pas à côté de chez soi », souligne un observateur. En attendant, ceux qui stigmatisent le coût de l'éolien (le kWh est racheté à un prix attractif par EDF, dans le cadre du soutien de la filière) sont aujourd'hui moins affirmatifs. L'inflation des prix de l'énergie (toutes sources confondues) incite de moins en moins à faire l'impasse sur l'énergie verte.

Loin des objectifs européens

Parmi les principaux opérateurs, EDF Énergies Nouvelles (filiale à 50 % d'EDF) vient d'annoncer les modalités de sa prochaine mise en Bourse. Actuellement présent dans neuf pays d'Europe, EDF EN a pour objectif de détenir en propre 3 000 MW de capacités de production, contre 746 aujourd'hui. Au mois d'octobre, la société a inauguré un nouveau parc éolien en Grèce, représentant un investissement de 34 millions d'euros.

En face, les concurrents aussi affichent leurs ambitions. « Notre objectif est clairement d'être le challenger d'EDF Énergies nouvelles », avoue sans fausse modestie Jean-Marie Santander, le président de Théolia, une PME aixoise spécialisée dans l'éolien créée en 1999 et qui a pris véritablement son envol en 2002. Pour tenir son objectif, elle multiplie aujourd'hui les acquisitions. La dernière en date, celle de l'allemand Natenco (pour 105 millions d'euros), l'a fait changer de dimension : le parc d'éoliennes exploitées pour son propre compte est passé de 47 à 72 MW, tandis qu'une nouvelle activité, la construction et la gestion pour le compte de tiers (avec un parc de 140 MW), est entrée dans son périmètre. Par ailleurs, le portefeuille de fermes éoliennes en construction a fait un bond de 83 à 135 MW tandis que celui des permis de construire a grimpé de 172 à 207 MW.

Le potentiel de la Compagnie nationale du Rhône (CNR) est plus modeste, mais le deuxième producteur français d'électricité (avec 15,7 milliards de kWh produits chaque année à partir de ses dix-neuf centrales hydroélectriques) fait ses premiers pas dans l'éolien. Le mois dernier, il a inauguré ses deux premiers parcs, à Fos (Bouches-du-Rhône) et Beaucaire (Gard) : 21,5 MW de puissance installée et des éoliennes parmi les plus grandes d'Europe, avec un mât de 80 mètres et une pale de 40 mètres. « De nouveaux projets sont actuellement en cours de développement dans la vallée du Rhône », précise encore la CNR.

Un vent fort souffle en faveur de l'éolien, c'est incontestable. Toutefois, l'objectif assigné par la directive européenne (21 % d'électricité d'origine renouvelable à l'horizon 2010) reste inatteignable. Le calcul est simple : il faudrait installer quatre éoliennes par jour d'ici là pour rattraper le retard français.

Source: Le Figaro

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